Nationale Vriendenkring van

Politieke Gevangenen en Rechthebbenden van het concentratiekamp van Flossenbürg.

 

Op 3 september 2015 is de heer Norbert Pochet overleden in het Universitair ziekenhuis Mont-Godinne in Yvoir.  Hij zou zijn 93ste verjaardag hebben gevierd op 7 september.  Na een loopbaan als officier bij het 1ste Regiment Gidsen was hij in Belgisch Kongo tewerkgesteld, waarna hij in Yvoir zijn opleiding van weleer kon omzetten in de praktijk en er werkte als leraar.


Norbert Pochet was tijdens de Tweede Wereldoorlog een Gewapende Weerstander van het Geheim Leger in Vonêche nabij Beauraing, zijn geboorteplaats.  Na verraden te zijn kon hij er op 13 augustus 1943 aan de Duitsers ontsnappen toen deze het huis van zijn ouders hadden onderzocht.  Zijn vader, Victor Pochet, werd echter opgepakt en overgebracht naar de gevangenis van Sint-Gillis in Namen.  Na martelingen door de bezetter werd zijn vader vervolgens naar Duitsland gedeporteerd (Nacht und Nebel).  Eind februari 1945, na een verschrikkelijke en slopende mars, kwam Norbert zijn vader met tal van medegevangenen aan in het concentratiekamp van Flossenbürg waar Victor waarschijnlijk stierf van uitputting alvorens er opgesloten te worden.  Ter nagedachtenis aan zijn vader, die zich voor hem had opgeofferd, heeft Norbert Pochet het voorzitterschap actief uitgevoerd van de Vriendenkring van Politieke Gevangenen en Rechthebbenden van het Concentratiekamp van Flossenbürg.  Als teken van blijvend respect, droeg Norbert Pochet met veel eer het postuum voor zijn vader uitgereikte “Kruis van de Politieke Gevangene '40-'45” voorzien van een zwart geëmailleerde balk, zoals voorzien in de wet van 13 April 1995.


Verscholen in Brussel, maar achterna gezeten door de Duitsers, kon Norbert dankzij de sector Tempo naar Zwitserland vluchten. Ginds bleef hij z’n inlichtingsactiviteiten verderzetten. Eind 1944 keerde Norbert Pochet terug naar België en nam dienst als Oorlogsvrijwilliger bij het regiment met gepantserde wagens.  Voor zijn uitzonderlijke verdienste werd hij tot onderluitenant benoemd en kreeg hij talrijke eervolle onderscheidingen van de oorlog. Met name werd hem volgend hoog gewaardeerd ereteken toegekend : “Officier in de Orde van Leopold II met gekruiste zilveren zwaarden 40-45”.


Als vrucht uit zijn huwelijk met mevrouw Jeanne Lequeux (rue d’Evrehailles 23 in 5530 Yvoir), kregen ze een dochter Martine die op haar beurt huwde met Rodrigue, er zijn twee kleinkinderen en vijf achterkleinkinderen.



Onbekend


Monsieur Norbert Pochet est décédé le 3 septembre 2015 au centre hospitalier universitaire de Mont-Godinne à Yvoir. Il allait fêter son 93e anniversaire le 7 septembre. Après avoir été officier de carrière au 1er régiment des Guides, il avait travaillé au Congo belge avant d’exercer à Yvoir le métier d’instituteur pour lequel il avait été formé.

Résistant armé, principalement au sein de l’Armée secrète, à Vonêche près de Beauraing où il était né, il avait échappé à la capture lorsque les Allemands avaient investi la maison de ses parents le 13 août 1943 suite à une dénonciation. Son père, Victor Pochet, avait été pris. Transféré à la prison de Namur puis à Saint-Gilles où il avait été torturé, il avait été déporté en Allemagne (Nacht und Nebel). Fin février 1945, suite à une affreuse marche forcée, il était parvenu au camp de concentration de Flossenbürg où il était probablement décédé d’épuisement avant même d’y pénétrer. En souvenir de ce père qui s’était sacrifié pour lui, Norbert Pochet était président de l’Amicale des Prisonniers politiques et Ayants droit de Flossenbürg. Par respect pour sa mémoire, il portait la croix de Prisonnier politique de son père, avec une barrette noire sur le ruban, comme prévu dans la loi du 13 avril 1995.

Caché à Bruxelles mais traqué par les Allemands, il avait profité de la filière Tempo pour se réfugier en Suisse. Il y avait poursuivi ses activités de renseignement. Rentré en Belgique fin 1944, il s’était engagé comme volontaire de guerre au régiment d’Autos blindées. Commissionné sous-lieutenant auxiliaire à titre exceptionnel pour action d’éclat, il était titulaire de nombreuses distinctions honorifiques de guerre. Il était, notamment, officier de l’ordre de Léopold avec glaives croisés 40-45 en argent.

Avec Madame Jeanne Lequeux, son épouse, ils ont eu une fille Martine, épouse Rodrigue, deux petits-enfants et cinq arrière-petits-enfants.


S. Dekeyzer

Actualiteit - Actualité

In Memoriam:  Norbert Pochet  07/09/1922  -  03/09/2015





Et puis, il n’en restera plus…

Yvoir commémore ses trois derniers combattants de la guerre 1940-1945



Gaston, Nestor et Norbert : ultimes témoins malgré eux

Le centenaire du déclenchement de la Première Guerre dans la commune d’Yvoir a surtout été commémoré dans son village martyr de Spontin. En l’absence désormais bien compréhensible du moindre témoin direct, un livre est paru, une splendide exposition a été organisée et les écoles ont

été associées au triste souvenir. Nos villages ont, à nouveau, été envahis en 1940. Houx est entré dans l’histoire mondiale de la Blitzkrieg la nuit du 12 au 13 mai. En septembre 1944, les Allemands se sont à nouveau signalés par leurs excès à Godinne, Houx et Spontin, notamment.

Nos monuments aux morts pleurent depuis lors ces combattants, résistants, déportés et victimes civiles jalonnant les étapes de la démesure tragique. Dans beaucoup de familles, des arrière-grandsparents, pour la plupart, sont encore présents pour nous aider à comprendre l’inconcevable. Jeunes

habitants des environs d’Yvoir en 40-45, ils se rappellent toujours de l’exode, du ravitaillement, des personnes à cacher, du bruit des bombardiers… Que dire alors de l’arrivée des Américains et des fêtes de la Libération !

Parmi tous ces gens qui ont croisé des Allemands sur la Meuse, il n’en demeure plus que trois à Yvoir qui les ont aussi combattus… ailleurs ! Gaston Bodson sera bientôt centenaire. Nestor Gillain et Norbert Pochet sont également nonagénaires. Artilleur au fort de Dave, matelot en mer du Nord ou

résistant armé et agent de renseignement avant de devenir volontaire de guerre, ils ont connu un destin peu banal qu’ils auraient, toutefois, préféré éviter. Avec une grande sincérité, ils m’ont narré leur éloignement, leur peur et leurs privations. Ils ont conservé une formidable confiance dans les

valeurs héritées de ceux qui les avaient si bien éduqués. Une fois la guerre finie, ils sont simplement revenus à leurs occupations de fermier, de peintre en bâtiment ou d’instituteur. Ils se sont mariés et ont eu des enfants qui, à leur tour, ont essaimé. « Nous n’avons pas d’autre choix, m’a confié l’un d’eux.

Nous n’avons qu’une seule jeunesse en laquelle nous sommes forcés de croire. A nous de bien la former ».

Quelle belle promesse d’avenir !

Parce qu’ils étaient rapidement revenus à la vie civile, ils ont parfois été « oubliés » par le ministère de la Défense lorsqu’il s’est agi de distribuer des récompenses militaires nouvellement créées.

Aujourd’hui, ils reçoivent enfin ces témoignages de la reconnaissance publique. D’acteurs, Gaston, Nestor et Norbert sont devenus des passeurs de mémoire dans leurs familles, auprès de leurs connaissances, dans les écoles ou encore au travers de ce recueil1. Je vous livre l’histoire de « leur »

guerre. Les souvenirs ne sont plus toujours bien nets. Qu’à cela ne tienne, les historiens sauront faire le tri ! N’oublions surtout pas que ces héros malgré eux ont sacrifié une partie de leurs plus belles années afin que nous vivions mieux les nôtres.


Eric Maria Tripnaux-Monin

Colonel breveté d’Etat-major en retraite




Tableau d’honneur

Norbert Pochet

Résistant armé à Vonêche (Armée secrète, Mouvement national belge, Tempo et Clarence)

Commissionné à titre exceptionnel sous-lieutenant auxiliaire pour action d’éclat

Volontaire de guerre au régiment d’Autos blindées

Ex-officier de carrière au 1er régiment des Guides

Président de l’Amicale des Prisonniers politiques et Ayants droit du camp de Flossenburg.

Officier de l’ordre de Léopold (catégorie militaire) avec glaives croisés 40-45 en argent (*)

Officier de l’ordre de Léopold (catégorie civile)

Médaille de la Résistance armée

Médaille du Volontaire 40-45

Médaille commémorative de la Guerre 40-45 avec sabres croisés

Médaille du Volontaire de guerre combattant 40-45

Médaille du Militaire combattant 40-45 (*)





Un intermezzo suisse dans la guerre de Norbert Pochet

Un instituteur, agent de renseignement.

La Résistance en général et les agents de renseignement et d’action (ARA) en particulier ont fait de l’excellent travail pour informer le Gouvernement réfugié à Londres de 1940 à 1944, ainsi que les Alliés qui préparaient l’invasion de la forteresse Europe. Au sein de nombreuses filières de renseignement, d’évasion ou de sabotage, ces hommes et ces femmes ont fait preuve de loyalisme, de détermination et de sang-froid.

Beaucoup d’entre eux ont été dénoncés, traqués, emprisonnés, torturés, déportés, voire même exécutés. Ils avaient aussi cultivé le sens du secret, garant de leur survie durant la Guerre mais parfois aussi la cause d’une absence de reconnaissance publique par après.

Norbert Pochet (Fig. 1) a été l’un d’eux.

Septante années plus tard, j’ai dû le convaincre que son devoir de mémoire envers les plus jeunes générations était devenu bien plus important que les informations sensibles qu’il avait pu détenir. Il a accepté de me raconter son histoire, mais pas toute l’histoire.

Né le 7 septembre 1922 à Vonêche près de Beauraing, Norbert est le fils de Victor Pochet, un volontaire de guerre 14-18 au 9e régiment de ligne et titulaire de la croix du Feu. Le 10 mai 1940, il poursuivait ses études d’instituteur à Virton. A cinq heures du matin, le survol d’avions allemands l’avait confronté à la réalité de la guerre. Evacué vers Florenville où les premières troupes françaises étaient déjà présentes, il avait regagné Vonêche. Un ordre de mobilisation l’attendait puisqu’il faisait partie de la réserve de recrutement. Son père lui avait donné 500 francs avant de l’exhorter à faire son devoir. Dans un train de marchandises, il était parti de Beauraing vers la Flandre. La locomotive ayant été détruite en gare de Courcelles, il avait dû y passer la nuit avant de poursuivre à pied. Malgré tous leurs efforts et en l’absence d’information, les jeunes mobilisés, sans le moindre statut militaire, n’avaient pu franchir la frontière française irrémédiablement fermée.

Norbert était parvenu à Ostende. Au Kursaal, il avait remis son ordre de mobilisation. Sans la moindre instruction, il avait dormi sur la plage. Avec un Liégeois rencontré sur place, ils avaient tenté de gagner l’Angleterre sur la petite embarcation d’un couple de pêcheurs. A peine sortis du port, une unité de la Royal Navy leur avait intimé l’ordre de faire demi-tour. En évitant les grands axes et en ne rencontrant que des Allemands qui souhaitaient le photographier, il était rentré à Vonêche. Commis au service du ravitaillement en juillet et août, il avait repris ses études en septembre. Sans même s’en rendre compte, Norbert avait partagé l’aventure des centres de recrutement de l’Armée belge

(CRAB)2.


En juin 1941, son diplôme d’instituteur en poche. Il s’était immédiatement investi dans les actions de la Résistance que la géographie du Sud-Namurois et l’exemple paternel facilitaient. Des documents attestent de son implication dans différents réseaux :

- Le 23 octobre 1944, Louis Gobraiville, fondateur du groupe 186 (Beauraing - Gedinne) de la Légion belge (LB), future Armée belge (AB) et future Armée secrète (AS), au sud de la Lesse certifiait que, dès 1942, le caporal Pochet avait été un de ses chefs d’escouade. Dévoué sans compter au

recrutement, à l’hébergement et à l’entretien de volontaires de la LB et de réfractaires au travail imposé par la Wehrbestelle, il avait collaboré à la création du camp du bois du Bourlet où le lieutenant Louis Tholomé3 et le sergent Félix Stevert avaient été tués le 5 septembre 1943. Ayant sauvé un aviateur abattu dans la région4, il avait, de justesse, échappé à l’arrestation le 13 août 1943  lorsque son domicile avait été investi par les Allemands. Recherché par les différentes polices allemandes, il avait dû se réfugier en Suisse.

- Le 9 janvier 1946, le major Auguste Martin, responsable namurois du Mouvement national belge (MNB), avait attesté que Norbert avait caché dans des fermes de nombreux jeunes fuyant le travail obligatoire, dont Jean Sovet d'Yvoir qui avait sauté d'un train en route pour l'Allemagne. Il écrivait

que Norbert avait été l’adjoint de Tholomé « dont la radio de Londres avait parlé à diverses reprises » et que le camp de Vonêche avait été pris par les Allemands le 5 septembre 1943. Il nous apprenait que le domicile des parents Pochet avait été le centre nerveux du camp. Victime d’une dénonciation, Victor Pochet avait été appréhendé avant de décéder en captivité. L’aide à des aviateurs était confirmée.

- Le 10 janvier 1946, Germain Pauchet, chef de secteur du mouvement Tempo, avait certifié que Norbert avait fait partie de son réseau depuis le début de 1942 en qualité d’agent de liaison. Après une descente de la Gestapo le 10 août 1943, il avait continué à servir ailleurs.

- Le 14 janvier 1946, le capitaine d’administration André Delsaux écrivait que le caporal Norbert Pochet avait été recruté à la LB en octobre 1941. Il avait procédé au recrutement de ses hommes et participé à différents sabotages et ravitaillement de réfractaires et d’hommes « brûlés ».

Activement occupé au camp de Vonêche, il en était devenu un des dirigeants, tout en étant au service de Tempo. Le camp de Vonêche ayant été investi par les Allemands, c’est grâce à Tempo qu’il avait pu gagner la Suisse en janvier 1944 et y poursuivre la lutte.

- Le 15 janvier 1946, l’abbé A. Sommellette, le curé de Baronville qui avait été déporté en Allemagne en juin 1943, avait attesté que Norbert avait été recruté par le service Clarence en décembre 1941.

Agent principal pour la région de Vonêche, il s’était distingué en 1942 par son observation à Menu-Chenêt et son plan du champ d’aviation de Charleville.


Résistance

Actif au sein des mouvements AS, MNB, Tempo et Clarence, Norbert Pochet avait en effet été très occupé. Lorsque l’office de la Résistance avait vérifié ses états de service, il avait déclaré le 4 juillet 1947 à Dinant qu’il avait été recruté fin septembre 1941. Dès 1942, il avait placé et ravitaillé dans des fermes des réfractaires au travail obligatoire en Allemagne. Il avait collecté des informations sur les déplacements de troupes et les mouvements ferroviaires. Fin avril 1943, Louis Tholomé et Alidor Dondeye étaient arrivés chez Victor Pochet. Avec son épouse et leurs enfants Blanche et Norbert, il

habitait une grosse maison isolée à la sortie de Vonêche vers Froid-Fontaine. Au coeur de l'histoire du maquis de Vonêche, la bâtisse hébergeait également Jean Sovet. Fin juin, Tholomé devait créer trois camps : Redu, Vonêche et Lavaux-Sainte-Anne. En compagnie de Norbert Pochet, il avait pris contact avec Romain Albert en vue de repérer dans le groupe de Bièvre, qui devait être démantelé après les excès de certains de ses membres, ceux qui étaient les plus aptes à se plier à une stricte discipline. Le groupe épuré avait rejoint Vonêche. Il avait pourtant été infiltré par un sergent qui allait être fusillé à Namur comme incivique après la guerre. Chez Pochet, il avait prétendu qu’il avait échappé à ses gardiens allemands le 9 août à la gare du Quartier Léopold de Bruxelles.

Le 13 août 1943 à l’aube, une colonne allemande avait investi Vonêche suite à une dénonciation par l'instituteur de Froid-Fontaine, dont la condamnation à mort après guerre allait être commuée en prison à vie. Dans la maison familiale pourtant fouillée, Norbert Pochet, Louis Tholomé, Alidor Dondeyne et les deux aviateurs anglais étaient parvenus à se réfugier dans une astucieuse cachette aménagée sous les combles. Il n’y avait pas de place pour tout le monde. Victor Pochet, Jean Sovet et Fernand Deville avaient été arrêtés. Deville allait être fusillé à Anvers. Blessé et interné en Pologne, Sovet allait être amputé avant de recevoir une prothèse de ses libérateurs russes. Transféré à la prison de Namur où Norbert avait pu le voir une dernière fois, puis à Saint-Gilles où il avait été torturé, Victor Pochet avait été déporté en Allemagne (Nacht und Nebel). Fin février 1945, suite à une affreuse marche forcée, il était parvenu au camp de concentration de Flossenburg où il était probablement décédé d’épuisement avant même d’y pénétrer5. Les survivants avaient dû prendre le maquis vers Vencimont. Le Sicherheitsdienst (SIPO-SD) de Dinant, créé le 1er septembre 1943, avait

mené sa première opération le 5 septembre 1943 à Sevry, Vonêche et Ronchinne. Tholomé et Stevert avaient été abattus dans le bois du Bourlet en couvrant la fuite de leurs camarades.


Evasion en Suisse

Norbert Pochet était « grillé » dans le jargon des résistants. Malgré tout, le 1er septembre 1944, il figurait toujours, avec sa soeur Blanche, sur l'ordre de bataille du groupement C de l’AS comme agents extérieurs (renseignement & ravitaillement). Caché par le mouvement Tempo chez Dumont à

Bruxelles, il avait été traqué au point que sa photo avait été affichée rue du Trône par la Gestapo. En janvier 1944, Tempo lui avait fait bénéficier de sa filière d’évasion vers la Suisse6. Après un voyage en train jusqu’à Besançon, il avait été arrêté. Il était parvenu à s'enfuir avec la complaisance de

gendarmes français. Des maquisards lui avaient fait franchir la frontière suisse à pied. Il avait remis à Genève les microfilms qui lui avaient été confiés à Bruxelles. Hébergé par l
'Armée du Salut, notamment, il était payé par la secrétaire d’un consul à Genève.

Ici commence la partie la plus secrète des activités de Norbert. S’il n’a jamais été un agent de renseignement et d’action (ARA) reconnu par la Sûreté de l’Etat, il en avait toutefois aidé certains, comme l’atteste le carton de remerciement n° 4968 reçu en 19497 (Fig. 2). Au départ de la Suisse, il avait rempli des missions de liaison avec la résistance française. Il avait été envoyé avec un Anglais dans le nord de l'Italie pour récolter des informations sur

les mouvements des colonnes allemandes. Blessé au cours d'un accrochage avec une patrouille, il avait abattu un Italien mais son compagnon avait été mortellement touché. Avant de mourir, il lui avait confié son alliance pour être remise à son épouse. Après cette mission, Norbert avait été soigné dans un hôpital de Genève.

Chargé ensuite de ramener des documents en Angleterre, il avait confié le bijou à son contact britannique. C’est via Marseille et la côte atlantique qu’il était passé en Espagne après avoir été hébergé dans un chalet des Pyrénées qui appartenait à une personnalité belge8. Une vedette rapide

britannique était venue le chercher sur la côte basque avec trois autres personnes démontrant l’importance des renseignements qu’il convoyait.

Ramené discrètement de nuit sur une plage au sud de Bordeaux, il était rentré en Suisse avant d’être chargé d’une mission de liaison avec le maquis français des Glières dans le Vercors, qui allait être investi par les Allemands en mars 1944. Un deuxième voyage vers l’Angleterre avait suivi. Cette fois, il n’y avait plus eu de moyens de transport disponibles pour un éventuel retour à cause des préparatifs du débarquement le 6 juin 1944. L’attente avait été longue. Des agents avaient finalement été adjoints aux unités qui débarquaient en Normandie. Leur mission était se s’infiltrer pour

transmettre des renseignements sur les unités militaires, les objectifs industriels et le moral de la population. Le 8 juin 1944, avec des agents britanniques, français et belges, il était arrivé sur la plage de Courseulles-sur-Mer (Juno Beach) avec un régiment canadien. Les missions avaient été rares car la progression des Alliés s’avérait pénible. Il avait été ensuite « raccroché » au régiment canadien francophone de Maisonneuve débarqué la nuit du 6 au 7 juillet. Caen n’avait été conquis que le 9 juillet 1944. Il avait fallu la prise de la poche de Falaise le 19 août 1944 pour accélérer le cours des opérations.

Pour qui avait travaillé Norbert Pochet depuis son arrivée en Suisse ? Si la piste belge de Tempo mériterait d’être approfondie, celle du Special Operations Executive (SOE) britannique paraît, néanmoins, très plausible. Une de ses antennes était active à Genève. Farrell, vice-consul britannique,

assurait les rapports entre agents belges et britanniques. Créé par Winston Churchill en juillet 1940, le SOE, jusqu’à sa dissolution le 30 juin 1946, avait soutenu les mouvements de résistance en Europe occupée par l'Allemagne. Ses archives sont malheureusement toujours largement inaccessibles.

Norbert reste très discret sur cette période cruciale. Le cloisonnement sévère qui baignait les services de renseignement empêche le recoupage des sources. Il ne sait toujours pas vraiment pour qui il avait travaillé… Normal donc que la Belgique n’ait jamais pris en compte ses services entre janvier 1944 et janvier 1945.


Retour en Belgique

Depuis son évasion de Belgique, Norbert avait correspondu via la poste à demi-mots avec sa future épouse, Jeanne Lequeux .Originaire de Patignies près de Gedinne, elle était institutrice à Bruxelles. En octobre 1944 suivant sa déclaration de 1947 devant la commission établie par l’office de la Résistance, il était rentré en Belgique. Arrivé à Tournai sans un sou, Norbert avait été aidé par le chef de gare pour gagner Bruxelles et y

retrouver Jeanne. Elle se souvient qu’il lui avait raconté les nombreux alibis qu’il avait dû endosser durant sa fuite et les nombreux métiers qu’il avait dû prétendre exercer dont celui de coiffeur !

Après son entrée à Bruxelles au début septembre, les combats dans le Limbourg et la 1ère campagne de Hollande, l’escadron d’Autos blindées de la brigade Piron avait rejoint Louvain le 17 novembre 1944, pour y profiter d’une première véritable période de congé depuis le mois d’août. Il avait été décidé de gonfler ses effectifs pour en faire un régiment. A Bruxelles, Norbert avait signé, le 13 janvier 1945, son engagement militaire (Army Number 22640) pour la durée de la guerre. Le 19 janvier, il avait rejoint le régiment d’Autos blindées à Buggenhout à l’est de Dendermonde. Au début de février 1945, l’unité rebaptisée 1er régiment blindé de cavalerie s’était déplacé vers Gijzegem. Norbert avait participé à des missions de surveillance à l’est d’Anvers. Formée de volontaires, cette nouvelle unité s’était démarquée des traditions d’avant la guerre en se dénommant elle-même le 1er régiment de Hussards. Elle s’était dotée d’un insigne particulier de béret dont Norbert possède toujours un exemplaire9. Les premiers mois de 1945 avaient été consacrés à l’instruction. Début juin, il avait accompagné son régiment dans la région de Münster en Allemagne occupée. Il y était resté jusqu’au retour de l’unité à Spa le 14 décembre 1945. Il se rappelle avoir aidé à peindre l’insigne du 1er Hussards sur un mur du mess des officiers.


Suivant son livret militaire, Norbert avait été nommé Lance Corporal (soldat de 1ère classe) le 15 août 1945, caporal le 1er novembre 1945, maréchal

des logis (sergent) le 1er avril 1946 et adjudant le 1er juin 1946. Cette progression dans la hiérarchie militaire était clairement celle d’un candidat officier, position justifiée par son niveau d’études. Il avait été désigné pour suivre la formation de chef de peloton à l’Ecole d’infanterie à Tervuren du 12 juin au 21 septembre 1946 (Fig. 5). Le major BEM Cumont avait signé l’appréciation du stagiaire : « Actif et optimiste, réagit bien et sait entraîner ses

hommes. Il a l’oeil sur le terrain et pense beaucoup de choses utiles. A bien travaillé en théorie et en pratique ». Norbert, qui avait connu la réalité des opérations de guerre, avait pourtant difficilement enduré cette formation. Il avait encore dû suivre une spécialisation à l’Ecole des troupes blindées,

installée à Visé avant de déménager vers Flawinne près de Namur.

Après l’épreuve légale de connaissance du néerlandais en juin, il avait été admis en septembre 1947 dans le cadre d’active sous le n° 46155 de la Matricule. Pour l’avancement, le 1er août 1945 avait été retenu comme date de son ancienneté dans le grade, nous allons voir pourquoi. Norbert avait

épousé Jeanne le 19 octobre 1946. Le mariage avait été retardé dans l’espoir d’un hypothétique retour de Victor Pochet, déporté en Allemagne… Son régiment avait quitté Spa pour rejoindre Lüdenscheid dans le secteur de l’Armée belge d’occupation. C’est en tenant de la main gauche, les plis de l’étendard du 1er régiment des Guides qu’il avait prêté son serment d’officier à Lüdenscheid (Fig. 6). Les Guides étaient revenus ensuite à Köln-Junkersdorf le 10 mai 1947. Dans la banlieue cossue de Cologne, Norbert et Jeanne avaient occupé un logement réquisitionné. Peu motivé par la vie de garnison et déçu par la mauvaise ambiance régnant entre les officiers volontaires de guerre et ceux revenus de captivité, Norbert, inscrit depuis le 11 mai 1949 comme sous-lieutenant de la nouvelle arme blindée, avait encouru une peine d’un mois de non activité pour motif disciplinaire. Muté au 3e Centre d’instruction primaire à Turnhout, il avait  démissionné de l’Armée le 1er mars 1950.


Nouvel horizon

Le couple est parti pour le Congo belge où Norbert est devenu le chef du camp des travailleurs pour la Société de filatures et tissages africains (FILTISAF). La compagnie textile gantoise avait été créée au nord-est du Katanga le 21 août 1946 par l'Union cotonnière avec l’aide d’investisseurs américains. En 1947, la société avait construit à Albertville (Kalémié) au bord du lac Tanganyika une usine qui  procurait du travail à quelque 1500 ouvriers (Fig. 7). Jeanne y avait créé une école primaire. L’adjoint de Norbert était un certain Laurent-Désiré Kabila. La biographie officielle du 1er président de la République démocratique du Congo en 1997 après le Zaïre de Mobutu, omet l’épisode FILTISAF. En juillet 1964, lors de la prise d'Albertville par l'Armée populaire de libération, Kabila père avait été le vice-président d'un gouvernement provisoire qui n’avait duré que quelques mois. Les troubles de 1964 avaient motivé la famille Pochet à rentrer en Belgique. Le frère de Jean Sovet leur avait renseigné une maison de bon rapport à acheter dans la côte d’Evrehailles à la sortie d’Yvoir. C’est à Yvoir que Norbert a, enfin, exercé le métier d’instituteur pour lequel il avait été formé. Jeanne l’a accompagné dans sa tâche éducatrice. Parents d’une fille, Martine, qui leur a donné deux petits-enfants et cinq arrière-petits-enfants, ils continuent de cultiver les valeurs inculquées par leurs parents.


Un double dossier ?

Un arrêté du Régent (ARg) du 7 novembre 1946 avait commissionné Norbert à titre exceptionnel au grade de sous-lieutenant auxiliaire à la date du 1er août 1945 pour action d’éclat. Sur sa lettre de commissionnement du 29 novembre 1946, une mention tapée à la machine avait été ajoutée :

« Commissionné pour action d’éclat avec attribution de la croix de Guerre avec palme » ! Au verso, figure le texte de la citation à l’ordre du jour : « D’un naturel calme et d’un extérieur froid, cet agent fit preuve d’une grande intelligence et d’une volonté tenace dans l’accomplissement des missions dont il fut chargé. Particulièrement contrôle parfait d’un poste de détection à Menu-Chenêt, pour plans et surveillance du champ d’aviation de Charleville. A fait preuve d’un esprit d’abnégation et de discipline complet, aussi d’un zèle incomparable dans l’accomplissement des nombreuses et dangereuses missions qui lui ont été confiées ». A ce jour, je n’ai retrouvé aucune trace de cette attribution de la croix de Guerre dans une archive officielle. Le texte de cette citation justifiait-il une nomination d’officier ? Quelle autre action d’éclat aurait alors valu cet honneur à Norbert Pochet ?

Le gouvernement belge réfugié à Londres et son ministre Hubert Pierlot avaient signé des citations secrètes à l’ordre du jour de l’Armée. Nous en revenons évidement à cette période où Norbert aurait peut-être travaillé pour le SOE.


Reconnu comme résistant armé du 1er septembre 1941 au 12 avril 1943 et comme volontaire de guerre combattant du 13 janvier au 8 mai 1945, Norbert Pochet serait-il resté inactif dans l’intervalle ? Rentré en Belgique, il avait dû éprouver des difficultés à faire reconnaître ses activités suisses, voire sa probable action au profit du SOE. Dans le premier livret militaire qui avait été établi à son nom en janvier 1945, nous trouvons pourtant dans la rubrique Record of employment as an army tradesman la mention manuscrite et anonyme « coming from SOE and Canadian Forces », ce que ses

dossiers au ministère de la Défense et à la Sûreté de l’Etat semblent ignorer. « Ils ne sont pas au courant de tout », précise Norbert ! Il conserve toujours une carte d’identité qui attestait de son état d’agent n° 1966 du Service de Renseignement et d’Action (SRA). Ceci était donc connu de la Sûreté de l’Etat qui avait établi le document. Le culte du secret qu’il continue d’entretenir ne facilite pas la connaissance de son parcours. Il existe probablement deux dossiers au nom de Norbert Pochet. Le premier est public et concerne le résistant armé devenu un officier d’active de l’Armée et le second, qui n’est pas consultable, un agent de renseignement durant un an au profit d’une organisation non identifiée à ce jour. Le premier ignore le second.

Des lacunes dans ses distinctions honorifiques en attestent également. Norbert ne dispose d’aucun document officiel pour sa croix de Guerre avec palme, sa croix des Evadés et ses Defence Medal et 1939-1945 War Medal britanniques. Comme elles ne figurent pas dans son dossier

militaire, elles n’ont pas été reprises sur sa carte des états de service de guerre du combattant 1940-1945 établie le 13 mars 1969. A défaut de pouvoir présenter des preuves probantes, Norbert m’a demandé de les retirer de son présentoir. La phaléristique qui étudie les distinctions honorifiques s’avère une discipline auxiliaire de l’histoire en nous livrant des détails inconnus autrement. La War Medal de Norbert n’est pas du modèle réglementaire britannique, tel qu’il était

remis gratuitement à tous les ayants droit. Le SOE, qui n’a jamais divulgué le nom de ses agents, a dû communiquer aux autorités compétentes ceux qui, en Belgique, étaient autorisés à la porter.

D’épaisseur plus fine, la médaille est de fabrication belge. Le ministre de la Fonction publique avait proposé l’attribution à Norbert Pochet de la croix d’officier de l’ordre de Léopold (catégorie civile) en 1995. Était-ce vraiment pour ses seules activités de président de l’Amicale des Prisonniers

politiques et Ayants droit de Flossenburg ? L’attribution de cette haute distinction, sans passer par aucun des cinq grades inférieurs dans les ordres nationaux, peut surprendre.

D’autres mérites auraient-ils été pris en compte ? Les chercheurs formulent des hypothèses… puis présentent leurs excuses lorsqu’ils se sont trompés ! Des glaives croisés « 1940-1945 » avaient été créés en 1983 pour rappeler les mérites des anciens combattants. Suivant qu’ils totalisaient 6, 9 ou 11 titres de guerre, ils pouvaient fixer sur le ruban de la plus haute classe de leur ordre de mérite ces glaives en bronze, argent ou or. S’ils n’étaient pas décorés d’un ordre, ils recevaient alors la croix de chevalier de l’ordre de Léopold II. Norbert a reçu les glaives en bronze en 1999. Comme il était déjà titulaire de la catégorie civile de l’ordre de Léopold, le ministère de la Défense lui a octroyé la catégorie militaire du même ordre pour y fixer ses glaives. Norbert est donc un des rares citoyens à être officier de l’ordre de Léopold dans les deux catégories et à être autorisé à les

porter simultanément. Pour tous ses services désintéressés, le ministre de la Défense lui avait encore adressé une lettre de remerciements le 21 juillet 2010.

Dans le cadre de cette étude, le dossier de Norbert Pochet a été réétudié par l’adjudant-major Dirk Vanginderhuysen du service des Distinctions honorifiques de la direction générale des Ressources humaines de la Défense. Juste reconnaissance, la médaille du Militaire combattant de la guerre 40-45, apparue en 1967, lui a été attribuée le 21 mai 2015. Mieux encore, en juillet 2015, il a pu remplacer les glaives croisés 40-45 en bronze par ceux d’argent sur sa croix d’officier de l’ordre de Léopold.